- Implantation sur le territoire
- La volumétrie du bâtiment
- Les façades
- Maison(s) cour(s) : quelques variantes
- Votre maison aujourd’hui
Implantation sur le territoire
La présence de la maison cour est dominante sur deux secteurs paysagers : la partie nord-est du massif forestier et le piémont.
Des villages dans le paysage
Constitués de prairies et parsemés de nombreux vergers, ces espaces largement ouverts ont favorisé un développement agraire important basé sur les cultures céréalières et sur l’élevage. On observe également la présence de vignes et de châtaigneraies sur les coteaux du piémont. Les deux secteurs sont caractérisés par une topographie légèrement vallonnée qui contraste avec les reliefs de moyenne montagne (300 – 580 m) du massif forestier.
Les villages du massif forestier dans les collines du fossé de Lembach s’implantent soit en hauteur au cœur des clairières, soit dans les fonds de vallées et leurs proches versants. Le secteur du piémont s’étend sur une fine bande longeant le massif forestier sur sa façade orientale. C’est un paysage de transition, caractérisé par une rupture de pente entre la plaine vallonnée d’Alsace et la forêt du massif forestier.

L’organisation des villages
Les villages constitués d’une dominante de « maisons cours » sont caractérisés par un urbanisme dense. Le front bâti est composé par une succession de pleins (pignons sur rue élancés) et de vides (cours).
Chaque « maison cour » est une unité concentrée vers un point central qui est la cour. Leur disposition côte à côte est structurée par les pignons sur rue et représente une individualisation de l’espace, la rue n’étant qu’un lieu de desserte.
Les corps de ferme sont serrés les uns contre les autres, séparés par un passage étroit appelé le « schlupf » servant de ventilation et d’écoulement des eaux sanitaires.

L’implantation sur la parcelle
L’aménagement des parcelles présente une organisation de bâtiments selon leurs fonctions (habitation, étable, écurie, grange de stockage). Il y a toujours une optimisation de l’usage de la parcelle. Les dimensions de la parcelle et l’importance du développement de l’exploitation définissent une forme en L ou en U.
Il y a deux types de parcelles dominants qui correspondent à deux principes d’implantation du bâti :

les parcelles longues et étroites perpendiculaires à la rue principale.

les parcelles plus larges présentant un grand côté sur la rue principale
La volumétrie du bâtiment
De forme rectangulaire, la maison cour est perpendiculaire à la rue et construite sur les limites de parcelle pour contrôler l’activité dans la rue et dégager un maximum d’espace pour la cour. Dans certains secteurs, un jardinet clôturé crée un léger retrait de l’habitation.
La façade principale sur cour est souvent orientée afin de bénéficier de la chaleur du soleil du matin dans les pièces de vie et d’éviter les surchauffes du soleil couchant.

La cour
Clôturée ou non par des hauts murs, elle favorise les échanges avec la vie sociale et la nature domestiquée des champs.
Une maison évolutive avec le temps
La maison d’habitation (début du XIXᵉ siècle) présente une forme rectangulaire et un plan interne universel organisé en travées : une travée chaude, délimitée par un mur à feu en dur, et une travée froide. L’ensemble des espaces s’articule autour du conduit de cheminée.
Au fil du temps, une ou plusieurs annexes ont été ajoutées au bâtiment originel selon les besoins des habitants. Aujourd’hui, certaines dépendances sont transformées en logements.

Les façades
Les façades reflètent clairement l’organisation intérieure de la maison : l’habitation et les espaces agricoles y sont nettement différenciés.
Les bâtiments implantés en limite de voisinage s’ouvrent principalement sur la cour, tandis que les ouvertures en périphérie restent très limitées.
La taille et le nombre d’ouvertures sont déterminés par l’usage des pièces et par les proportions de la façade.

Les matériaux
La structure principale de l’enveloppe des bâtiments allie les matériaux de construction : la pierre, le bois et le torchis. La fonction de ces matériaux est structurelle et décorative.
- La pierre de taille : elle est employée pour les murs de fondations, le mur du soubassement, les murs de refends (murs porteurs) de la cave. La pierre est taillée au niveau des soubassements, des marches des escaliers, des encadrements de portes piétonnes et charretières (souvent ornées de bas-relief), des encadrements de fenêtres, dallage de l’entrée. Ces éléments donnent un caractère singulier à chaque ferme.
- Le bois : il est employé pour la charpente de toute l’ossature de la maison (toit, planchers, murs intérieurs). Selon le secteur, le remplissage est en torchis composé de paille et de terre (argile), en briques ou en moellons de pierre. Le pan-de-bois visible est aussi décoratif soit dans sa mise en œuvre (dessins de losanges, croix, chaises curules), soit par les pièces sculptées (poteaux d’angles, encadrements de fenêtres, poutres).
- La couverture des toitures : elle est en tuiles d’argile rouge. Les tuiles dites « queue de castor » ou « Bieberschwantz » dominent jusqu’à l’invention des tuiles mécaniques à emboîtement.

La pierre de taille

Le pan de bois

Les tuiles
La typologie de maison cour se décline en plusieurs variantes qui se distinguent selon la zone géographique de son implantation, les techniques de charpente et les ressources financières du maître d’ouvrage.
Dans l’Outre-Forêt et le Fossé de Lembach
Dans cette région, la disposition des bâtiments de la maison cour est le plus souvent en L qu’en U, en raison de la forme des parcelles et du mode d’exploitation.
Les fermes présentes dans cette région sont caractérisées par des cours ouvertes à la vue et à la vie sociale. Les murs de clôture sont bas (1,50 m en moyenne), ils sont composés de planches de bois en claire-voie (lattezun) maintenues par des piliers en grès de section carrée et souvent coiffés par un bulbe. Dans ce cas, on distingue une porte piétonne ou un portillon et une porte à double vantaux pour les véhicules agricoles. La protection des façades exposées aux intempéries est assurée au niveau de la toiture par la présence de croupes et sur les façades par la présence d’auvents recouverts de tuiles plates.
L’habitation comprend un socle en pierre important, renfermant l’accès à la cave. Celle-ci est ventilée par les soupiraux, fermés par des coulisseaux en grès ou par des volets en bois.


Dans le pays de Hanau
Dès la fin du XVIIIᵉ siècle, on observe, dans les exploitations les plus importantes, une fermeture complète de la cour sur ses quatre côtés . La cour est close par des bâtiments sur trois côtés et par un porche comprenant la porte piétonne et la porte charretière sur le côté rue. On distingue différentes fermetures :
- Par l’édification d’un mur de clôture, Haut mur de clôture aveugle, en pan de bois ou en pierre, enduit et surmonté d’un petit toit à deux pans. La largeur de la parcelle permet dans certains cas de construire de petits bâtiments annexes appuyés contre ce mur et d’avoir un dédoublement du porche. Cela consiste à construire un second portail, souvent plus grand suivant l’évolution des machines agricoles.
- Par l’extension de l’habitat. On construit un étage habitable au-dessus du porche. On passe en-dessous pour accéder à la cour.
L’art de la pierre de taille et du bois sculpté s’exprime à travers ses compositions. La notion d’esthétique se développe au XVIIIe siècle avec les charpentiers, immigrants transalpins, comme par exemple les frères Schini. Ils ont intégré des doubles balcons sur les pignons avec balustres sculptés et des poutres moulurées afin d’orner les maisons.
Dans les autres secteurs
La maison cour est une conception où les surfaces de la parcelle sont optimisées, contrairement à la maison bloc. On en localise par exemple dans le plan de la Ville Neuve de Sarre-Union et de Lorentzen, où les habitations s’ouvrent sur la rue tandis que les bâtiments agricoles sont situés à l’arrière, délimitant ainsi une cour fermée.

Votre maison aujourd’hui
Évolution des villages
La Guerre de Trente Ans (1618-1648) a engendré beaucoup de destructions. La période de reconstruction couvre le XVIIIe siècle et donne aux villages la physionomie que l’on voit aujourd’hui. Avant, le système agricole était basé sur une solidarité économique forte (troupeaux et pâturages communs au village). L’essor démographique du XIXe siècle et le passage d’un élevage extensif à un élevage individuel entraînent une première évolution des villages. Les constructions se développent à l’intérieur du village. Elles se resserrent et s’agrandissent (on utilise tout l’espace libre). Le village se densifie sous forme d’extensions et de reconstructions.
Aujourd’hui, les résidences plus récentes s’implantent sans respecter les principes du village originel. Leur volumétrie et leurs dimensions se distinguent du bâti traditionnel.
Les extensions futures doivent s’inspirer de la logique d’organisation du village afin de respecter au mieux le site et son identité. Elles doivent constituer les qualités du paysage futur.
Chaque maison a son histoire et ses spécificités
Repérez les particularités des maisons de votre village, cherchez leur histoire et les raisons de leur évolution…
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