- Du village à la ville
- La maison urbaine dans la ville médiévale
- La façade et les matériaux
- Des variantes sur le territoire
Du village à la ville
La naissance de la cité
La ville se définit par plusieurs caractéristiques :
- Une limite construite, matérialisée par un fossé, un palissage ou un mur d’enceinte, jouant à la fois un rôle symbolique et une fonction de protection.
- Une fonction sociale, rassemblant dans une même enceinte des habitants issus de familles, de métiers et de mœurs variés.
- Des espaces publics structurants, bordés de bâtiments imposants tels que l’église, l’hôtel de ville, le tribunal, la halle ou le couvent.
- Des greniers collectifs, indispensables au stockage des denrées alimentaires et au développement des activités artisanales.
- Une implantation étendue, occupée par une population importante, stable et sédentaire.
De la cité médiévale à nos jours
Souvent prolongement ou réactivation d’une ville antique préexistante, les villes au Moyen Âge ont connu un essor important.
La ville se différencie de la campagne par ses murailles, élargies à plusieurs reprises en fonction du développement urbain.
La ville fortifiée (le bourg) devient trop étroite, on construit alors hors des murs, des faubourgs (littéralement « faux bourgs ») protégés par de nouvelles enceintes suivant une évolution radio-concentrique.
Le commerce et les activités économiques marquent le paysage urbain. En effet, les villes médiévales se caractérisent par des rues étroites et encombrées, sans système de tout-à-l’égout.
Les révolutions culturelles et politiques :
- La Renaissance, la Réforme protestante, la Révolution de 1789, l’essor du commerce et le développement de l’industrie provoquent l’éclatement de la cité médiévale sous la pression de la ville marchande. La ville héritée du Moyen Âge devient inadaptée aux nouvelles fonctions qu’on attend d’elle. Il devient alors nécessaire d’imaginer un système urbain inédit, capable de répondre aux bouleversements liés à l’apparition de la machine, de l’usine, au commerce intensif et à l’exode rural. L’attention se porte désormais sur l’usage du sol, l’habitat, l’hygiène et la circulation.
- Après la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction des villes et l’urgence du logement entraînent d’abord la rénovation des quartiers anciens et des centres urbains. À partir des années 1960, la ville s’affranchit de ses limites traditionnelles et les quartiers se spécialisent : lotissements, logements collectifs, espaces de loisirs, zones industrielles ou tertiaires.
- À partir des années 1990, la prise de conscience des dysfonctionnements liés à l’étalement urbain — cités-dortoirs, réseaux saturés, éloignement des services publics, hausse des coûts de fonctionnement et d’entretien, consommation excessive de terres agricoles — conduit à une réflexion visant à réinvestir le centre-ville.

L’évolution de la cité
La ville multifonctionnelle est organisée selon une structure urbaine qui comprend un réseau de voiries autour duquel s’organisent des vides (places publiques, jardins) et des pleins (bâti). Cette structure est variable en fonction de l’époque de construction.
Organisation spatiale de la ville médiévale
La ville médiévale est constituée d’îlots entourés de rues. Ils comprennent des bandes de parcelles et de bâtiments aux typologies semblables, avec certaines variations dans les détails.
L’intérieur des îlots est souvent marqué par la présence d’ateliers, travail et habitat sont imbriqués. Une porte cochère donne accès à la cour. Le tissu urbain constitué de rues, ruelles et places sert aux liaisons, à la vie sociale et au commerce.
Chaque bâtiment présente sa façade principale sur la rue, tandis que l’arrière peut rester libre, partiellement bâti ou entièrement occupé par un jardin, une cour ou un bâtiment annexe..
La maison urbaine dans la ville médiévale
La maison regroupant l’artisan et le marchand constitue alors l’unité de base de la ville.
Elle s’ouvre sur l’espace public (avec ses ruelles, rues et places) par sa façade principale. Elle se referme sur la sphère privée, du côté intérieur, caractérisé par des cours et des jardins à peine visibles, qui peuvent même parfois être complètement bâtis dans des villes très denses.
Une maison urbaine type
Maison d’écoutète, puis de receveur, datant du XVIe siècle
La date de construction est antérieure à 1581. Cette année-là, la maison est la propriété d’un ancien écoutète de Bouxwiller et elle est achetée pour en faire le logement de fonction du receveur ecclésiastique. Elle est remaniée en 1584. Le corps de passage est daté de 1598 sur la porte cochère. Une partie des élévations a été remaniée au XVIIIe siècle. La maison a servi un temps comme deuxième presbytère. Du XIXe siècle, de nombreuses cartes postales nous la montrent entièrement crépie. Au XXe siècle, elle a abrité une boulangerie.


Implantation sur la parcelle
Dans la ville historique dense, les maisons s’élèvent directement au bord de la rue pour économiser la surface au sol. La limite de parcelle se confond avec l’alignement du bâtiment.
Grâce à sa liaison directe avec le réseau viaire, le bâti peut en principe assurer toutes les fonctions.
Le rez-de-chaussée se prête bien aux activités liées à l’habitat comme le commerce, la restauration ou l’artisanat. Ces dernières peuvent aussi se développer en profondeur dans la parcelle sous forme d’extensions ou de locaux annexes en fond de terrain.
La partie publique, côté rue, se différencie de la partie privée à l’arrière (cour commune) par ses fonctions et son traitement architectural.

Organisation intérieure
Rez-de-chaussée
Les locaux commerciaux sont installés le long de la rue principale. À l’arrière prennent place les ateliers et les réserves.
Un large porche permet l’entrée et la sortie des marchandises.
Étages
Les étages accueillent les appartements des membres de la famille : l’organisation du plan reprend celle des logis de ferme. On y retrouve un accès central, la cuisine en face, et de part et d’autre la stub et la kleinstub. Contrairement aux fermes, chaque génération dispose ici d’un étage indépendant.
Dans les combles se trouvent les réserves alimentaires ainsi que les chambres des domestiques.

Rez-de-chaussée

Etage
La façade et les matériaux
La façade sur rue est soumise à des exigences réglementaires et esthétiques, tandis que la façade arrière est davantage sujette à des modifications et à des appropriations individuelles.
Façade sur rue
Elle présente une qualité plastique supérieure. Les matériaux nobles sont privilégiés, la composition des façades fait l’objet d’une attention particulière : décoration très étudiée, modénature horizontale et verticale, proportions et ornements sélectionnés.


La façade arrière
Moins visible ou moins accessible, la façade arrière répond avant tout à des impératifs pratiques. La position et les dimensions de ses ouvertures s’adaptent aux besoins des pièces sanitaires et annexes (salle d’eau, cuisine, cellier).


Boutique / Vitrine
À la campagne, les boutiques n’apparaissent que dans les bourgs.
La boutique du Moyen Âge présente, sur rue, une porte à un vantail. À côté, une large baie servant de vitrine ouverte est fermée le soir par des volets de bois.
Parfois, cette fermeture se compose de deux parties : l’une se relève pour former un auvent, tandis que l’autre, en s’abaissant, devient un comptoir sur lequel est exposée la marchandise.
Pour attirer la clientèle, les commerçants utilisent des enseignes en fer peint placées perpendiculairement à la façade afin d’être visibles de loin.
Vers la fin du XVIIIᵉ siècle, ces enseignes sont interdites pour des raisons de sécurité et remplacées par des enseignes scellées dans la maçonnerie, au-dessus de la vitrine.
Peu à peu, ce procédé appliqué à la façade se généralise et se perfectionne, donnant naissance à la véritable devanture : un cadre en saillie sur la maçonnerie qui habille l’ensemble de la boutique.
La vitrine à travers les époques

Boutique du Moyen Âge

Boutique du XVIIIe siècle avec encadrement en grès

À partir du XIXe siècle, devanture en bois en saillie sur le mur en maçonnerie
Des variantes sur le territoire
En fonction des villes, des quartiers et des époques, les caractéristiques de la maison urbaine restent les mêmes, mais les styles évoluent. Les niveaux se répartissent généralement entre commerce (au rez-de-chaussée), logements et espaces de service (dans les combles). Les logements les plus nobles se trouvent au premier étage, les étages supérieurs comprennent des logements plus modestes.
Du Moyen Âge au XIXe siècle, les étages deviennent plus hauts, plus spacieux. Les techniques de construction évoluent : du pan de bois, à la maçonnerie de grès ou de brique. Les décors deviennent plus riches : encadrements de fenêtre, appareillages d’angle, corniches, bas-reliefs…
Wissembourg
La ville de Wissembourg s’est établie au XIIe siècle, autour de l’abbaye Saint-Pierre-et-Saint-Paul sur une île de la Lauter et devient membre de la Décapole en 1354. La ville a connu une série de démolitions et de reconstructions au cours des conflits des XIXe et XXe siècles. Elle présente un bâti très riche, qui illustre un large champ historique.

Phalsbourg
La ville a été créée de toutes pièces au XVIe siècle, par le comte palatin Georges-Jean de Veldenz, pour y loger les réformés. Elle est bâtie sur un plan de ville nouvelle fortifiée, organisée à l’intérieur de ses remparts, autour d’une place d’arme mettant en valeur les bâtiments représentatifs des pouvoirs politiques, militaires et religieux. Sur la place centrale, les rez-de-chaussée sont occupés par des commerces. Dans les rues secondaires, la plupart des bâtiments sont destinés aux logements.

Bouxwiller
La première implantation constatée à Bouxwiller remonte à l’époque romaine. Ville fortifiée, elle possède un riche patrimoine bâti, dont beaucoup de constructions datant encore du XVIe siècle.

Pour aller plus loin…
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