Plusieurs façades
Les usages culturels
Les façades des constructions traduisent plusieurs logiques : l’adaptation à l’environnement proche, le souci d’économie, l’expression de la modénature*, des matériaux, de la structure, l’affirmation du statut social et des croyances religieuses. Elle permet une lecture à différentes échelles.

La façade sur rue
Elle est la façade « de représentation » de la maison, qui traduit l’importance et la richesse des propriétaires. Elle se caractérise par la qualité des matériaux, une meilleure finition et un souci du décor : pierre taillée, badigeon de couleur, réchampis*… Son enduit sera taloché fin et coloré par une peinture ou un badigeon à la chaux.
La façade arrière
Elle reste une façade « domestique ». L’enduit peut être de même structure que la façade principale, ou semblable aux façades latérales. Le décor disparaît, la teinte reste naturelle, donnée par la couleur du sable utilisé.
Percements
Avant de créer de nouveaux percements : lire la façade
Lire une façade, c’est comprendre la composition architecturale d’un bâtiment. Les dimensions, les proportions et la disposition des percements les uns par rapport aux autres révèlent l’histoire d’un patrimoine.
Les percements en façade jouent alors plusieurs rôles :
- apporter un éclairage et une ventilation naturels,
- créer une continuité visuelle entre l’intérieur et l’extérieur,
- permettre un accès ou un passage
Afin de se protéger des intempéries, les percements intègrent des menuiseries de fenêtres ou de portes. En fonction du climat et des usages, des dispositifs d’obturation peuvent s’y ajouter afin de contrôler les apports lumineux, de réguler l’humidité et d’assurer une protection contre le froid comme contre la chaleur.
L’ensemble de ces éléments participe, par leur forme et leur style, au dessin et à la composition de la façade.
Le vocabulaire des ouvertures existantes
Le gabarit des percements, les volets et les encadrements sont des clés de lecture de l’organisation intérieure du bâtiment. Il est aisé d’imaginer, depuis la rue, quelle partie du bâtiment correspond à l’habitation ou à la dépendance agricole.

Les proportions :
L’harmonie du dessin de la façade repose sur un équilibre entre les pleins et les vides. Horizontalement, les socles, les appuis de fenêtres et les linteaux participent au rythme et à la lecture ordonnée de la façade.
Le gabarit des ouvertures :
Traditionnellement, les percements du logis sont orientés à la verticale, c’est-à-dire que l’ouverture est plus haute que large.
L’encadrement de fenêtres et de portes :
Dans la partie dédiée au logis, les encadrements de fenêtres et de portes font l’objet d’un soin particulier, tant dans la qualité de la finition que dans le choix des matériaux.
Les fenêtres des dépendances agricoles :
Elles sont souvent de petites dimensions. Ces ouvertures n’étaient pas destinées à apporter de la lumière naturelle, mais à assurer une ventilation naturelle des espaces.
L’ordonnancement de la façade
C’est la manière dont les percements ont été disposés les uns par rapport aux autres. Cette disposition est directement liée à l’organisation structurelle du bâtiment : elle permet de reprendre correctement les descentes de charges*.
Dans les parties d’habitation, les ouvertures sont le plus souvent alignées horizontalement et verticalement, selon un axe de symétrie. À l’inverse, les ouvertures de la grange répondent prioritairement aux usages des espaces intérieurs et suivent une organisation plus libre et fonctionnelle..
Les enduits
Un liant à travers les âges : la chaux
Liant utilisé dans l’art de bâtir depuis l’Antiquité romaine, la chaux naturelle joue un rôle essentiel dans la construction traditionnelle. Elle sert à la fois à la consolidation des maçonneries, sous forme de mortier, et à leur protection et décoration, par l’intermédiaire des enduits.
Les constructeur se sont toujours adaptés aux caractéristiques et à la disponibilité des matériaux locaux. Selon la nature du calcaire utilisé, on distingue ainsi deux grands types de chaux :
- les chaux grasses, dites aériennes, issues de calcaires purs,
- les chaux maigres, dites hydrauliques, provenant de calcaires les plus argileux.
La première donne à l’enduit un bel aspect et une tenue irréprochable, mais son temps de prise est long. La seconde (appropriée pour la 1ère couche) a un temps de prise beaucoup plus court et peut laisser apparaître des phénomènes de condensation sans gravité. L’enduit a la couleur du sable et des pigments qu’il contient.
Fabrication
La chaux provient de la cuisson du calcaire à haute température (900°C). La poudre claire obtenue après traitement, mélangée à de l’eau et du sable de rivière ou de carrière, devient une pâte qui durcit à l’air.

Évolution des matériaux et de la mise en œuvre
À partir du XIXe siècle, la chaux naturelle est progressivement supplantée par la chaux artificielle et les ciments. Le développement et la généralisation de l’usage du ciment s’accélèrent encore avec la période de la reconstruction d’après‑guerre.
Dans les années 1980, la chaux naturelle est à nouveau largement employée dans les travaux de restauration du bâti ancien. Ses qualités, tant sur le plan technique qu’esthétique, sont aujourd’hui reconnues comme incomparables :
- elle protège efficacement les maçonneries des intempéries,
- elle laisse ”respirer“ les supports,
- elle présente une souplesse compatible avec les matériaux anciens,
- elle ne génère pas de phénomène de retrait et limite l’apparition de fissures,
- elle participe, par sa texture et sa couleur, à la qualité décorative et à l’harmonie des façades.
Les usages
L’enduit
L’enduit à la chaux naturelle assure une protection optimale de la façade.
Son rôle
L’enduit au mortier de chaux naturelle employé sur le bâti ancien est appliqué aussi bien sur les maçonneries en pierre que sur le torchis constituant le remplissage des pans de bois. Il remplit plusieurs fonctions essentielles :
- il protège les supports contre les intempéries,
- il permet au mur de « respirer »
- il présente une souplesse compatible avec les matériaux anciens,
- il ne génère pas de phénomène de retrait et limite l’apparition de fissures,
- il contribue, par sa texture et sa couleur, à la qualité décorative et à l’harmonie de la maison.
Sa composition :
Un enduit à la chaux se compose de chaux, de sable et d’eau. Les dosages changent selon le type de sable, le type de chaux et le type d’enduit. Les proportions sont donc variables : de 1/4 à 1/3 de chaux pour 3/4 à 2/3 de sable sec.
Une mise en œuvre en 3 étapes :

le gobetis (1)
Couche constituée d’un mortier assez liquide, projeté grossièrement à la truelle. Il sert de couche d’accrochage.
le corps d’enduit (2)
Mis en œuvre après séchage de la couche de gobetis, c’est une couche plus épaisse appliquée à la truelle. Elle assure l’étanchéité et la planéité du mur. Elle suit la forme du mur sans surcharge. Cette couche épouse la forme du support sans surcharge excessive. Elle doit conserver une surface légèrement rugueuse afin de permettre une bonne accroche de la couche de finition.
la finition (3)
Elle est lissée à la taloche ou à la truelle selon l’effet désiré.


Le Kratzputz
L’enduit peut être gratté : la technique du ”Kratzputz“ consiste à tracer dans l’enduit encore frais des formes, des inscriptions et des décors variés. Avant toute opération de restauration, il est indispensable de procéder à un relevé précis de ces décors — par des photographies, des plans ou des dessins — afin de pouvoir, le cas échéant, les reproduire fidèlement ou, à défaut, d’en conserver une trace documentaire.
Les décors
Les panneaux peuvent être décorés par un liseré de formes variées selon les régions et les époques. La mise en œuvre se fait directement avec l’enduit :
- lissé taloché, souligné après séchage par un filet peint.
- lissé taloché, réalisé dans la même teinte que le mortier principal (contraste de grain, de matière) de 2 à 5 cm de large
Le badigeon
Il se compose d’un mélange plus ou moins dilué de chaux et d’eau. Traditionnellement, on utilise une chaux naturelle « chaux aérienne » diluée dans un volume d’eau variable en fonction de la fluidité recherchée (de 1 à 4 volumes de chaux). L’application se fait en deux couches à une journée d’intervalle. L’emploi d’un fixateur est nécessaire pour fixer le lait de chaux .
La coloration s’obtient en ajoutant des pigments naturels (ocres) ou des oxydes. La première couche sera claire, la deuxième plus épaisse et appliquées, toutes deux, avec une brosse large type « brosse à tapisser ». La mise en œuvre nécessite de bonnes conditions climatiques et un certain savoir-faire et doit être renouvelée fréquemment. C’est le type de revêtement idéal pour pour préserver la santé des maçonneries, tout en offrant des couleurs lumineuses et une qualité esthétique durable.
Zoom sur…
Les remplissages des pans de bois, quelques vestiges :

décors peints

Traces réalisées dans le torchis pour créer une accroche pour l’enduit.
Pour aller plus loin…
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